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Contrairement à ce que l'on croit souvent, il n'existait sur les grands voiliers pas une mais trois
manières de faire pour hisser les voiles : On trouve donc trois sortes de chants à hisser. Ce sont les plus caractéristiques des chants de marins. On les chantait surtout par mauvais temps, et sur les grands voiliers carrés, lorsque l'effort à fournir était particulièrement important. Les chants à hisser à grands coups. Ce sont les plus connus aujourd'hui. Jean François de Nantes ou Le pont de Morlaix sont parmi les plus célèbres. Ils étaient utilisés pour hisser les voiles les plus lourdes, comme le grand perroquet volant ou le grand hunier volant, en particulier lorsqu'elles étaient mouillées : pour cette manœuvre, deux hommes, dont le chanteur, se plaçaient au pied du mat et tiraient verticalement. La drisse passait dans une poulie et repartait horizontalement, et les autres matelots tiraient par à-coups, sur les temps forts du refrain, l'effort étant trop violent pour être soutenu. Pendant les couplets, les hommes reprenaient leur souffle et revenaient à leur position, tandis qu'un matelot, placé devant la poulie, empêchait la drisse de filer en la bloquant avec une cordelette. Les chants à hisser à grands coups ont une structure particulièrement simple et reconnaissable : le meneur chantait le couplet, généralement de deux vers, entrecoupés par de courts refrains chantés par les haleurs, ceux-ci embraquant d'un coup sec sur certains mots qu'ils accentuaient. Le plus souvent, on donnait deux coups par refrain (sur le premier et le troisième temps). Le meneur attaquait parfois le vers suivant en chevauchant la fin du refrain (chanter « en tuilant »). Les paroles des chants à hisser à grands coups étaient souvent très crues, et beaucoup de ces chants ont été perdus à la fin du 19ème siècle, car les collecteurs de l'époque les estimaient trop grossiers pour être notés. Ceux qui nous sont restés ont parfois des textes très paillards (Jean- François de Nantes, Le père Lancelot, Le petit bois…), et il en existe des versions « expurgées », peut-être écrites par les folkloristes eux-mêmes ! Les chants à hisser main sur main. Les voiles d'étai et les focs montaient plus facilement sur leur draille que les grands huniers ou que les grands perroquets. On les hissait donc à un rythme plus rapide, régulier et bien cadencé. Les matelots, disposés de chaque côté de la drisse, tiraient alternativement avec chaque main, d'un mouvement sec, rapide et régulier. Les chants qui guidaient cette manœuvre étaient en général de courts refrains, vifs et répétitifs. La manœuvre étant courte, les chansons étaient rarement chantées en entier, ou ne comportaient que quelques couplets. On pouvait également hisser main sur main les huniers volants, les perroquets volants, parfois des cacatois, et même des voiles à corne sur les voiliers auriques. Cette manœuvre ne servait pas qu'à hisser la toile, on pouvait aussi l'employer pour rentrer une aussière, palanquer un chargement, ou d'autres manœuvres du même type. Sur les terre-neuvas, toutes les voiles, y compris le hunier volant, pouvaient être hisseées de cette façon, car les voiles étaient moins lourdes que sur les grands clippers, et les équipages étaient proportionnellement plus nombreux. Il semble que ce type de chants ait été plus développé sur les voiliers français que sur les voiliers anglo-américains.
Les chants à hisser à courir Ces chants servaient parfois pour hisser les cacatois, les plus légères des voiles : au lieu de hisser en tirant sur place, les marins alignés sur le retour marchaient rapidement le long du pont en halant sur la drisse. Cette technique était aussi employée pour brasser les vergues. Le rythme des chants à hisser à courir était rapide et très saccadé, et les refrains étaient très courts.
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